Regards croisés : quand l’entreprise à mission réinvente l’expertise en assurance
Publié le 16 sept. 2026 • Rubrique : Actualités institutionnelles
Mots clés : RSE
Sur les 21 sociétés adhérentes de la FEDEA, deux ont choisi d’inscrire leur engagement dans le cadre exigeant de l’entreprise à mission : IXI-Groupe et SARETEC. Derrière cette qualité juridique peu répandue dans notre profession, se cache une véritable transformation de la manière de penser l’entreprise, d’exercer le métier d’expert et de répondre aux défis climatiques et sociétaux
Istock
À quelques semaines de la conférence du 29 septembre,« La révolution carbone des sinistres », ces deux démarches résonnent particulièrement avec les travaux du groupe de travail Empreinte Carbone de la Fédération. Elles démontrent que l’expert peut aujourd’hui être bien davantage qu’un évaluateur de dommages : un acteur de la prévention, de la résilience et de la transition environnementale.
À travers les témoignages de Dominique Delmas, président du comité de mission de SARETEC, et de Isème Ferhat, présidente du comité de mission d’IXI Groupe, émerge une conviction forte : l’avenir de l’expertise se construira autant autour de l’humain que de la technique.
Deux parcours, une même vision de l’engagement
Chez SARETEC, le comité de mission est présidé par Dominique Delmas, ingénieur en environnement de formation, engagé depuis près de quarante ans sur les sujets environnementaux. « Sorti de mon master aux États-Unis en 1986, l’environnement n’était pas encore un sujet sérieux. Ça faisait sourire beaucoup de monde. »
Après avoir travaillé sur le traitement de l’eau, les risques industriels et de nombreuses crises majeures, il participe aujourd’hui au pilotage de la mission de l’entreprise.
Chez IXI Groupe, Isème Ferhat, directrice communication et RSE, accompagne depuis plusieurs années la structuration de la démarche RSE et la mise en œuvre de la qualité d’entreprise à mission.
Pour elle, la mission n’est pas une rupture mais une continuité :
« L’humain a toujours occupé une place centrale chez IXI. La mission n’est pas venue créer de nouvelles valeurs, mais formaliser et structurer ce qui était déjà profondément inscrit dans notre culture et dans notre manière d’exercer le métier. Elle nous permet aujourd’hui de donner un cadre à ces engagements statutaires et de les inscrire dans la durée »
SARETEC
De la raison d’être à l’action
Les deux entreprises racontent finalement la même histoire : celle d’organisations qui se sont interrogées sur le sens et l’impact de leurs activités.
Chez SARETEC, tout démarre lors d’un séminaire stratégique du conseil d’administration en 2022.
« Nous avons identifié un risque majeur : une fragilisation profonde du système assurantiel du fait du dérèglement climatique. Pour une société d’expertise, ne rien faire n’était pas une option. » Face à ce constat, l’entreprise entreprend une réflexion de fond sur son impact.
« Nous traitons 450 000 dossiers par an, rencontrons près de deux millions de personnes et chiffrons 2,6 milliards d’euros de réparations chaque année. Nous avons donc des leviers d’impact considérables. »
Chez IXI Groupe, la démarche s’est construite à partir d’une réflexion collective engagée dès 2019 avec les cabinets du réseau. Ce travail a conduit à la formulation de notre raison d’être, présentée en 2020, puis au choix de devenir société à mission.
« Nous avons retenu trois objectifs directement liés à notre métier : réduire l’impact de nos activités sur le changement climatique, valoriser le capital humain dans l’expertise et devenir un acteur vertueux de la prévention des sinistres. L’intérêt de la mission est de relier ces engagements à des actions suivies et à des résultats dont nous rendons compte. » À l’échelle d’un réseau de plus de 120 cabinets, ce cadre donne une trajectoire commune aux engagements du Groupe.
Mettre l’humain au cœur du modèle
L’un des enseignements les plus frappants de ces deux témoignages est la place centrale accordée aux collaborateurs.
Pour Dominique Delmas, la mission agit comme un puissant moteur d’engagement.
« On a tous besoin d’utilité. C’est un besoin fondamental de l’être humain. Quand vous arrivez à donner ce sentiment d’utilité à l’autre à vos salariés, c’est extrêmement puissant. »
Il poursuit : « La mission apporte énormément de sens, d’engagement et fédération du collectif. Elle approfondit la culture et les valeurs du groupe. »
Cette dynamique est particulièrement visible auprès des jeunes générations.
« Quand on présente l’entreprise à mission aux nouveaux collaborateurs, il y a souvent un effet waouh. Les jeunes veulent du sens. »
Chez IXI Groupe, cette ambition se traduit notamment par un investissement massif dans le développement des compétences.
« Dans notre métier, la valeur ne repose pas uniquement sur la technicité. Elle tient aussi à la posture, savoir analyser une situation avec discernement, expliquer une position, gérer des échanges parfois sensibles et conserver la juste distance dans la relation avec les différentes parties. »
Pour Isème Ferhat, cet enjeu prend encore plus de poids à mesure que le métier se transforme : « Les outils, l’expertise à distance ou l’IA peuvent faciliter et enrichir les pratiques, mais ils ne se substituent pas à l’expert dans ce qui fait le cœur de son métier : apprécier une situation, la mettre en perspective et prendre position. Valoriser le capital humain, c’est aussi accompagner cette évolution sans perdre ce qui fait la valeur du métier. »
Quand l’entreprise à mission transforme le métier d’expert
Au-delà de l’organisation interne, c’est la définition même du métier qui évolue.
Pour IXI Groupe, la mission sert de boussole.
« Elle nous amène à nous poser des questions supplémentaires : quelle utilité voulons-nous produire au-delà du traitement du sinistre lui-même ? » L’expert dispose d’un retour d’expérience très concret sur les causes des dommages et les vulnérabilités qu’il rencontre. Cette connaissance peut aussi être utile en amont du sinistre : identifier des risques, éclairer les vulnérabilités et contribuer à éviter leur répétition. »
Même constat pour SARETEC.
« L’entreprise à mission a complètement étendu notre chaîne de valeur. » L’expertise ne se limite plus au constat et au chiffrage.« Une expertise est aussi un acte de prévention. Un expert est un peu comme un scanner. Il intervient pour un dommage précis mais il voit bien au-delà du sinistre lui-même dans l’accompagnement qu’il apporte aux sinistrés. »
Les experts deviennent ainsi des acteurs capables d’identifier les vulnérabilités, d’accompagner les assurés et de contribuer à réduire les risques futurs.
IXI
La révolution carbone des sinistres est déjà en marche
Le lien avec les travaux de la FEDEA apparaît ici de manière évidente.
Pour Dominique Delmas, le changement climatique n’est pas une perspective lointaine :
« Le dérèglement climatique n’est pas un sujet de demain. Pour les experts, il est déjà bien prégnant. Nous le constatons tous les jours sur le terrain depuis plusieurs années, avec l’augmentation des phénomènes climatiques. »
Cette réalité a conduit SARETEC à développer un bordereau de réparation bas carbone, aujourd’hui enrichi dans le cadre du groupe de travail Empreinte Carbone de la FEDEA.
« Quand on chiffre 2,6 milliards d’euros de réparations par an, on dispose d’un levier d’impact considérable. Si l’on veut avoir un impact, il faut diffuser ces solutions à l’ensemble de l’écosystème.
Pour IXI Groupe, la même conviction anime les équipes les travaux engagés portent notamment sur la mesure de l’empreinte carbone et sur l’identification de solutions de réparation à plus faible impact environnemental.
« Réparer plutôt que remplacer, réemployer lorsque c’est pertinent, éviter de renouveler systématiquement ce qui peut être conservé : l’enjeu est de faire évoluer progressivement les réflexes de l’expertise et d’intégrer, lorsque c’est possible, des solutions moins émissives, sans compromis sur la qualité technique ni sur la pertinence économique. »
Une évolution qui répond aussi aux attentes croissantes des assureurs, qui cherchent à mieux mesurer l’empreinte de leurs sinistres et à identifier des solutions plus sobres.
C’est cette logique qui conduit la profession tout entière à partager un outil de calcul de l’empreinte carbone, et la conférence du 29 septembre s’inscrit pleinement dans cette dynamique collective. En rassemblant assureurs, experts, réparateurs et acteurs institutionnels autour de la thématique « La révolution carbone des sinistres », elle illustre parfaitement cette volonté de transformer durablement les pratiques.
Une nouvelle culture de l’impact
Devenir entreprise à mission n’est pas un simple label. Les deux entreprises évoquent des obligations exigeantes : comité de mission, rapport annuel, audit par un organisme tiers indépendant, indicateurs de suivi, implication et formation des équipes à ces enjeux.
Mais toutes deux considèrent cet engagement comme un véritable accélérateur stratégique.
« Ce n’est pas un sujet de vitrine. Il s’agit d’intégrer les enjeux planétaires dans notre business model. »- Dominique Delmas
« La mission donne un cadre commun au réseau, mais elle nous impose surtout de documenter ce que nous faisons, de suivre des indicateurs et d’accepter un regard extérieur sur notre progression. » Isème Ferhat
Pour Dominique Delmas, l’entreprise à mission avec son système de gouvernance unique, est même appelée à devenir un outil incontournable. « Un jour, ce sera presque une faute professionnelle pour un dirigeant de ne pas s’être interrogé sur cette démarche. C’est avant tout un outil stratégique. »
Une conviction commune
Au terme de ces échanges, une idée s’impose.
L’entreprise à mission n’est pas une contrainte supplémentaire. Elle constitue une façon différente de considérer l’expertise : comme un métier au service de l’assuré, de la prévention, des territoires et de la transition environnementale.
Comme le résume parfaitement Dominique Delmas :
« Nous voulons faire partie de la solution»
Et comme l’exprime Isème Ferhat :
« « Il n’y a pas de concurrence sur ces sujets, nous avons tout intérêt à travailler ensemble pour faire progresser la profession. »