Expertise agri-agro : quand l’expert devient acteur de la biodiversité
Publié le 22 mai 2026 • Rubrique : Actualités institutionnelles
Mots clés : agricole , aménagement , changement climatique , expert , incendie
À l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité, la FEDEA met en lumière un pan encore méconnu du métier d’expert en assurance : l’expertise agri-agro.
Cet éclairage s’appuie sur le témoignage de Nathalie Huguet, directrice de CDH EXTENSE, intégré au groupe CET, qui partage plus de 30 ans d’expérience au cœur de dossiers où se croisent agriculture, industrie et environnement
Un métier de terrain, à la croisée des mondes
Comme le souligne Nathalie Huguet, l’expertise agri-agro est souvent une découverte. Peu connue des ingénieurs ou des spécialistes du secteur agricole, elle se révèle pourtant passionnante par sa diversité.
« C’est un métier très enrichissant et très diversifié », explique-t-elle. « On traite des problématiques techniques, agronomiques, agroalimentaires, mais aussi juridiques. Et on rencontre très rarement deux fois le même cas. »
De la production agricole jusqu’à la transformation industrielle, l’expert intervient sur l’ensemble de la chaîne, analysant des sinistres complexes : pollution de pisciculture, phytotoxicité sur cultures, défaillances d’intrants, accidents industriels…
Une réalité qui a guidé l’évolution de CDH EXTENSE.
De CDH au groupe CET : la logique de « la fourche à la fourchette »
Créée avec l’ambition de devenir une référence en expertise agro-industrielle, CDH EXTENSE a progressivement élargi son champ d’intervention.
« Nous avons souhaité couvrir toute la chaîne, de la fourche à la fourchette », explique Nathalie Huguet. « Cela signifie intervenir aussi bien sur la production végétale et animale que sur les intrants, les process industriels et les produits agroalimentaires. »
Cette vision globale rend nécessaire une ouverture vers d’autres compétences techniques. C’est précisément ce qui a conduit au rapprochement avec le groupe CET.
Ce rattachement prend tout son sens, il permet d’intégrer des expertises industrielles plus larges (chimie, process, mécanique, informatique, …), il favorise les approches pluridisciplinaires, indispensables sur des sinistres complexes et il répond à la réalité des dossiers actuels, où les frontières entre agriculture, industrie et environnement sont de plus en plus poreuses.
Ainsi, l’expertise agri-agro ne se limite plus à un secteur : elle devient un point de convergence entre plusieurs mondes.
Une évolution majeure : intégrer la biodiversité dans l’expertise
L’un des changements les plus marquants de ces dernières décennies concerne la place de la biodiversité.
« Au début, on se concentrait sur l’origine du dommage et son chiffrage. Aujourd’hui, on prend beaucoup plus en considération le milieu vivant », souligne Nathalie Huguet.
L’évolution du cadre réglementaire, notamment avec la reconnaissance du préjudice écologique, a profondément transformé le métier. Désormais, chaque sinistre est analysé au regard de ses impacts sur les écosystèmes, les espèces animales et végétales et les équilibres naturels.
Pollutions : réparer… et restaurer
Dans les cas de pollution, notamment industrielle ou agricole, les conséquences sur la biodiversité peuvent être immédiates : mortalité de poissons, destruction d’habitats, déséquilibres écologiques.
Aujourd’hui, l’expertise va bien au-delà du constat. Elle intègre l’évaluation des impacts environnementaux, le chiffrage des opérations de restauration, et la mise en œuvre de mesures concrètes, comme le rempoissonnement des cours d’eau.
L’expert devient ainsi un acteur direct de la remise en état des milieux naturels.
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Incendies : laisser la nature reprendre ses droits
Face à des sinistres comme les incendies, l’expertise environnementale conduit parfois à remettre en question des réflexes anciens.
Plutôt que de replanter systématiquement, certaines situations – notamment en forêt méditerranéenne – conduisent à privilégier la régénération naturelle.
Des aménagements spécifiques peuvent alors être mis en place pour accompagner cette dynamique, comme la création de terrasses anti-érosion (restanques), afin de préserver les sols et favoriser la reprise de la végétation locale.
« On s’interroge sur la meilleure façon de reconstituer un milieu, pas uniquement sur la manière de le remplacer », résume Nathalie Huguet.
Évaluer l’inestimable : le défi du préjudice écologique
L’un des enjeux majeurs du métier réside dans la difficulté à évaluer la perte du vivant.
Comment chiffrer la disparition d’un écosystème ? la perte d’arbres centenaires ? ou l’altération durable d’un paysage ?
Des méthodologies existent, notamment autour de la « valeur d’agrément », mais elles montrent rapidement leurs limites. Certaines pertes sont, par nature, irréversibles.
L’expert doit alors trouver un équilibre entre :
- exigences juridiques
- cohérence économique,
- reconnaissance de la valeur intrinsèque de la biodiversité.
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Un métier d’avenir, au cœur des transitions
L’expertise agri-agro illustre parfaitement l’évolution du métier d’expert en assurance.
Aujourd’hui, l’expert travaille en mode projet, avec des équipes pluridisciplinaires, intervient sur des dossiers complexes, parfois sensibles ou médiatiques, mobilise des compétences techniques, environnementales et juridiques et surtout joue un rôle clé dans la gestion des crises et la recherche de solutions durables.
Curiosité, capacité d’analyse, sens du dialogue et pédagogie sont devenus essentiels pour exercer ce métier.
L’expert, acteur discret de la biodiversité
À travers son témoignage, Nathalie Huguet illustre une transformation profonde : l’expert en assurance ne se contente plus d’évaluer un dommage. Il contribue désormais à comprendre les impacts environnementaux, orienter les choix de reconstitution, et participer, concrètement, à la préservation et à la restauration du vivant.
Un rôle discret mais essentiel, à la croisée de l’assurance et de la transition écologique.